BIBLIOTHERAPIE, KEZAKO ?

"Les livres prennent soin de nous"

Pour une bibliothérapie créative

RÉGINE DETAMBEL

Par le rythme et la musicalité de leurs phrases, l’ordre de leur syntaxe, le toucher sensuel de leur papier, les livres nous soignent et nous apaisent.

Au fil de l’enveloppant mouvement de l’écriture et de la lecture se dispense en effet un sens toujours renouvelé capable de nous arracher à nous-mêmes et à nos souffrances.

Dans la détresse physique ou psychique, dans le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace “à soi”.

Face à la double menace de la passivité et de la perte d’autonomie, la lecture a le pouvoir de favoriser la reconquête d’une position de sujet, ce qui est précisément l’objectif de toute bibliothérapie digne de ce nom.

Tandis que fleurissent les salons de “développement personnel” et les premières thèses de médecine sur le pouvoir des livres, Régine Detambel, écrivain et kinésithérapeute de formation, se donne ici pour tâche de montrer que la littérature en tant que “remède” doit se défier tout autant du pouvoir médical que des lieux communs du bien-être de masse. Elle propose à Montpellier-Juvignac une formation en bibliothérapie créative. Le présent ouvrage recense quelquesunes de ses sources théoriques et les grandes lignes de sa pratique.

Extrait“Ce n’est pas facile de dire à un tiers ce que l’on a vécu, et qui fait qu’on ne va pas bien. A qui en parler ?

À un proche ? C’est prendre le risque d’être renvoyé au silence ou de l’entraîner dans son propre malheur.

À un psychologue ou à un psychiatre ? Mais le patient refuse souvent ce recours. Il reste les livres et le bibliothérapeute à qui parler de sa douleur.

J’ai peur du regard de l’autre, que puis-je lire ? On vient de m’enlever un sein, que dois-je lire ? J’ai peur de vieillir, quoi lire ? Magnifique réflexe car le bibliothérapeute est un documentaliste spécialisé dans la quête du plus humain en nous, et se doit de donner à un problème, par l’intermédiaire du choix d’un grand livre, les réponses les plus riches humainement. (…)

Car il faut qu’un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non une formule plate, conseil de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de nous maintenir la tête hors de l’eau et nous permettre de nous recréer. Le bonheur de la répétition, l’hypnose revigorante de la rime, la mémorisation délectable, l’émerveillement 
devant le texte intraitable sont à mes yeux les vrais principes actifs de la bibliothérapie…”

 

  • Créé le .